Disparition de Claude Braize, figure de la prévention et la rééducation périnéale
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Sophie Conrard
- 27 février 2025
Le kinésithérapeute Claude Braize est décédé le 25 février, à l'âge de 88 ans, dans son village de Saint-Priest-en-Jarez, dans la Loire.
Il a eu une carrière très riche. "Il ne s'arrêtait jamais !", confirme un de ses confrères, Didier Paquier. Kinésithérapeute libéral de 1961 à 2002, il a été un membre très actif de plusieurs associations, notamment son syndicat de toujours, la FFMKR, mais aussi le comité départemental de prévention en kinésithérapie (CDPK) de la Loire, dont il fut l'un des membres fondateurs. Il a contribué au développement de la rééducation périnéale, de la rééducation en gériatrie et de la prévention en France, ainsi qu'à la création de l'Institut universitaire de réadaptation de Saint-Étienne. Il était également membre du comité de lecture de Kinésithérapie Scientifique.
Tout a commencé au début des années 1980, à une époque où le syndicat FFMKR de la Loire est particulièrement actif, porté par une équipe dynamique et soudée : Daniel Aubert, Daniel Hedde, Jacques Chevalard, Christian Capdepont, Alain Lévy… "Ils ont beaucoup aidé Claude Braize à structurer la rééducation périnéale, avec aussi le Pr Pierre Minaire, qui était originaire de Lyon. En 1983-1984, on commence à parler de rééducation périnéale mais le décret ne sera publié qu'en août 1985. Ces gens ont pris des risques pour faire avancer la profession : en quelque sorte, ils pratiquaient dans l'illégalité", se souvient Didier Paquier. Au niveau national, ils sont soutenus par des cadres de la FFMKR : Philippe Stévenin, François Ducros, Christian Guichardon. "Ensemble, ils créent le groupe de recherche en urogynécologue (Grug), une structure aujourd'hui disparue qui accueillait des professeurs de médecine prestigieux qui venaient donner des cours, et ils ont organisé de nombreux congrès de rééducation périnéale par la suite".
En 2000, Claude Braize participera à l'élaboration d'une recommandation pour la Haute autorité de Santé (HAS), "Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne pour le traitement de l’incontinence urinaire chez la femme à l’exclusion des affections neurologiques", signe que son expertise est largement reconnue.
"Entré en prévention" avec enthousiasme
En parallèle, Claude Braize crée l'école du dos de Saint-Étienne, avec son confrère et ami Alain Lévy. Ensemble, ils sont "entrés en prévention" (pour reprendre une formule de leur ami Christian Meignan) avec passion. Dans les années 1980, ils publient un livre illustré de dessins humoristiques pour expliquer simplement les causes du mal de dos et les moyens de s'en protéger. Avant que la prévention devienne un sujet à la mode, "grâce au soutien du rectorat, il est entré dans tous les écoles du département pour développer la prévention en milieu scolaire", raconte Didier Paquier. En 1989, la Loire a été nommée département pilote par le ministère de l'éducation nationale, et le CDPK 42 est mandaté pour intervenir en prévention précoce du mal de dos en milieu scolaire. Pendant 10 ans, Claude Braize mène (avec d'autres) des campagnes de prévention dans les classes de CM2. Avec une efficacité certaine : Claude Braize a observé que 4 ans après une intervention, la plupart des élèves ont retenu les messages et qu'on leur a fait passer et sont capables d'effectuer sans erreur les gestes qui leur ont été enseignés.
Planches du CDPK42 utilisées lors des actions de prévention en milieu scolaire. Dessins de P. Zellmeyer.
"Puis il fait de la prévention en entreprise. Nous avons fait beaucoup d'actions ensemble, ainsi qu'avec Christian Guichardon, à une époque." En 1988, avec Alain Lévy, il anime une formation sur l'école du dos à l'INK. Dès 1991, il fait entrer la prévention dans le cursus des étudiants de l'IFMK de Saint-Étienne. En 1993, il compte parmi les membres fondateurs du Comité national de prévention en kinésithérapie (CNPK, aujourd'hui Kiné France Prévention).
Claude Braize ne s'arrête pas là : il contribue également au développement de la rééducation des personnes âgées, avec la mise en place de formations pour les kinésithérapeutes, jusqu'à la création, avec France Mourey, d'un diplôme universitaire entre les facultés de Dijon et Saint-Étienne (DU dont toute la profession connaît la valeur). "À l'époque, on nous reprochait parfois de faire de la trottinothérapie : il a beaucoup œuvré pour former les confrères et structurer notre prise en charge afin qu'elle soit efficace." En parallèle, il s'investit dans la prévention pour les personnes âgées et anime de nombreux ateliers de prévention des chutes (voir photo ci-dessus).
Toute sa vie, Claude Braize "a eu la passion de transmettre son savoir. Il adorait ça et il était très bon orateur", souligne Didier Paquier. Il a par ailleurs toujours essayé de convaincre ses confrères qu'il fallait "créer des comités départementaux de prévention en kinésithérapie, ouvrir des écoles du dos, associer les médecins à nos projets", rappelle Christian Meignan. Un visionnaire.
Ses obsèques seront célébrées samedi à 9h30 à l'église de Saint Just Saint Rambert (42). Nos pensées vont à sa famille, ses proches et tous les confrères qui l'ont côtoyé au long de sa riche carrière professionnelle. Aujourd'hui, de très nombreux kinésithérapeutes exercent en prévention, en gériatrie ou en périnéologie grâce à l'immense travail accompli par Claude Braize.